De sa licence dans le sud du Brésil à son doctorat dans le nord-est de l’Écosse (2005–2017)
Guilherme Bozetti est un Maître de Conférences brésilien qui enseigne et mène des recherches en sédimentologie à l’Unistra depuis septembre 2020. Il est responsable des cours et des sorties de terrain en sédimentologie aux niveaux Licence et Master.
Originaire de Porto Alegre, il a obtenu une licence en géologie à l’Université Fédérale du Rio Grande do Sul. Après les deux premières années de son cursus de cinq ans, Guilherme, qui souhaitait avoir une carrière internationale pour découvrir différentes cultures et mener des recherches dans des régions pionnières de son domaine, savait qu’il devait apprendre l’anglais. C’est pourquoi il est parti à Londres en 2007. Après avoir atteint le poste de manager adjoint dans un bar de la capitale anglaise, il a finalement décidé de retourner à Porto Alegre pour terminer sa licence de cinq ans en 2011.
Grâce à un programme de partenariat entre le Royaume-Uni et le Brésil (BG Brasil Fellowship et Science Without Borders), Guilherme Bozetti a été sélectionné en premier parmi cinq étudiants pour obtenir une bourse de quatre ans pour un doctorat à l’Université d’Aberdeen au Royaume-Uni. En raison d’un souci administratif, il a passé l’examen pour s’inscrire au Master de géologie dans son université d’origine pendant 10 mois et a commencé son séjour à Aberdeen plus tard en octobre 2012. La présence de professeurs renommés, avec lesquels il a par la suite travaillé et co-signé des articles, a motivé Guilherme à choisir de faire son doctorat à Aberdeen. Sa thèse portait sur la stratigraphie et les systèmes marins profonds du Crétacé dans le sud du Chili. C’est durant cette période qu’il a reçu une plaque « Rock God » de sa belle-fille. Il a par la suite soutenu son doctorat en 2017 sur le système marin profond de la formation du Cerro Toro datant du Crétacé. A cause du Brexit et d’un problème dans sa candidature, il lui a fallu plus d’un an pour que son visa soit accepté. Cela a fortement limité ses opportunités professionnelles. En raison de cette situation éprouvante, il a failli manquer sa propre soutenance de thèse et la naissance de sa fille. Il admet que c’était « assez difficile » à l’époque pour une « personne non britannique de postuler pour quoi que ce soit au Royaume-Uni ». Il a pensé qu’il était peut-être temps de quitter le pays.
Le voyage vers l'Est (2018-2020)
Au cours de son doctorat, il a travaillé aux côtés de chercheurs chinois et, lorsqu’une opportunité de postdoctorat s’est présentée en 2018 en Chine, il savait que « c’était une bonne décision ». Il est ainsi devenu chercheur postdoctoral à la Southern University of Science and Technology de Shenzhen et s’est concentré sur la sédimentologie lacustre profonde du Trias dans le nord de la Chine. Le poste était étroitement lié aux besoins de l’industrie, étant financé par PetroChina. Bien que le sujet de recherche était différent de son doctorat, il existait des similitudes. Ainsi, « ce n’était pas trop difficile de naviguer entre les deux ». Lors d’une réunion en Chine avec un collègue sédimentologue de l’Université de Strasbourg, il a appris l’ouverture d’un poste de Maître de Conférences à l’Unistra.
À Strasbourg et à Bakou (2020-aujourd'hui)
Maître de Conférences depuis septembre 2020, il prévoyait initialement de continuer à travailler sur les systèmes profonds marins, en raison de leur présence dans les Alpes françaises et suisses. Cependant, la COVID et les confinements fréquents l’ont contraint à travailler localement, sur des dépôts continentaux. Il a notamment mené des recherches sur le grès du Buntsandstein dans les Vosges.
En tant que chercheur, il fait partie de l’ITES (Institut Terre & Environnement de Strasbourg) UMR 7063, dans l’équipe des Systèmes Géologiques. Ayant obtenu son HDR (habilitation à diriger des recherches), Guilherme encadre des doctorants dans ce domaine à l’Unistra. Son intérêt pour la sédimentologie des environnements marins profonds n’a jamais faibli et il l’a alimenté en étant en co-tutelle d’une thèse sur les turbidites à l’Université de Berne depuis 2025. Il mènera également des recherches sur les formations du Gault et de Saluver en Suisse. En tant qu’enseignant, il est responsable de tous les cours et sorties de terrain en sédimentologie aux niveaux Licence et Master à l’Unistra. Il enseigne également la sédimentologie à travers des cours et des sorties de terrain aux étudiants de Licence et de Master à l’UFAZ (Université Franco-Azerbaïdjanaise), une université située à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, avec la supervision académique de l’Unistra.
Les difficultés qu'il a rencontrées au cours de sa carrière
Guilherme a développé ses compétences pour travailler à la fois dans le milieu académique et dans l’industrie. En sédimentologie, cela signifie l’industrie énergétique. Cependant, celle-ci était en récession depuis 2014 et l’était encore lorsqu’il a soutenu sa thèse. Ainsi, des licenciements avaient lieu dans tout le secteur, ce qui réduisait les débouchés pour les étudiants en géologie. Beaucoup ont donc décidé de prolonger leurs études, de faire un doctorat ou un postdoctorat en attendant que l’industrie se redresse, ce que Guilherme Bozetti a choisi et dû faire. Il a également rencontré plusieurs difficultés administratives dans sa carrière, notamment en tant qu’enseignant-chercheur de terrain, concernant l’inflexibilité des déclarations de réservation d’hôtel, la planification des déplacements et les retards de remboursement. « Au bout du compte, vous faites tout numériquement, mais vous devez quand même trouver quelqu’un à qui parler quand le moment vient. » Selon les horaires d’ouverture, cela peut s’avérer difficile. Une tâche chronophage pour un professeur est d’obtenir des financements pour mener des recherches, comme le dit Guilherme Bozetti : « très souvent, vous réalisez que vous passez plus de temps à demander de l’argent et à justifier ce que vous en faites qu’à réellement faire de la recherche. »
Dans le milieu académique, il identifie le premier obstacle comme l’obtention d’un postdoctorat, en raison de la diminution du nombre d’opportunités entre les offres de doctorat et le « monde restreint des postdocs » et à cause du changement d’environnement de travail : passer d’un doctorat au sein d’une équipe de recherche, où la liberté scientifique est limitée, à un postdoctorat où l’on dispose de « beaucoup plus de liberté » et de flexibilité dans le projet de recherche. Une autre « étape énorme » a été la transition du postdoctorat vers son premier poste de professeur vu que de nouvelles responsabilités se sont ajoutées à ses tâches. Quelques enseignements peuvent être assurés en tant que doctorant ou postdoctorant, tandis qu’un professeur doit planifier tous ses cours, activités pédagogiques et sorties de terrain. Il a reçu l’aide de sa famille et a pu se concentrer sur toute cette préparation grâce à la pandémie de COVID. Par ailleurs, il a travaillé plus de quatre ans pour obtenir son HDR afin de pouvoir encadrer des doctorants de manière autonome, sans « avoir besoin que quelqu’un signe ou réponde à [sa] place ». Et si l’enseignement lui a permis d’intégrer certains de ses meilleurs étudiants à ses recherches, cela l’a aussi éloigné de celles-ci, puisqu’il ne peut plus s’y consacrer exclusivement. Concernant l’encadrement de doctorants, trouver le bon candidat peut être difficile : parfois il manque les financements nécessaires et dans d’autres cas, les financements sont présents mais pas le candidat adéquat.
Ce qu’il apprécie en tant que chercheur, en France et à l'(_Université_de_Strasbourg_)__)_))
En tant que chercheur, il aime « les questions qui n’ont pas de réponses faciles » et « l’interaction humaine ». La recherche réunit ces deux aspects, car il peut « s’asseoir autour d’une table et discuter pendant deux, trois heures, voire plus longtemps, de sujets très spécifiques, parce que les personnes autour de la table partagent la même passion ». Voir les progrès accomplis en équipe représente une grande satisfaction pour Guilherme Bozetti compte tenu de tous les efforts fournis.
« La France est assez incroyable car on est pratiquement libre de développer son travail comme on le souhaite, sans subir une pression massive pour obtenir des financements ou publier des données qui ne sont parfois pas prêtes à être publiées. » Pour Guilherme, cela diffère d’autres endroits où il a travaillé et vu de nombreuses personnes devoir publier des articles avant leur réelle finalisation, ce qui les laissait insatisfaites et constamment en retard à cause des livrables. « En France, nous pouvons publier quelque chose quand c’est prêt. » Au final, il estime que le travail accompli est le même qu’ailleurs mais sans la pression inhérente aux délais de publication. « C’est une influence extrêmement positive. »
À l’Unistra, « l’une des choses les plus spéciales est que, dans notre département et dans notre équipe, nous avons des relations très proches », ce qui aide énormément en termes de cohésion, d’approche globale et d’interdisciplinarité, grâce à la petite taille de l’équipe Systèmes Géologiques et du département.
Ses conseils pour les jeunes chercheurs
« Ayez un plan A et suivez seulement le plan A. Ayez toujours un plan B, mais ne pensez au plan B que si c’est absolument nécessaire. »
« Le temps est l’essence de toute chose, donc ne pas le gaspiller est extrêmement important. » Pour les doctorants, il conseille d’optimiser le temps consacré à la recherche, car il en a passé beaucoup à apprendre et chercher des choses qu’il n’a finalement pas utilisées.
Soyez plus égoïste : « Travaillez sur vos propres travaux et publiez davantage d’articles. »
Faites-vous connaître : c’est aussi important que de publier. Si vous ne vous mettez pas en avant, on vous oublie.
Soyez connecté : participez à des événements et conférences, au moins deux fois par an, pour savoir sur quoi les autres chercheurs travaillent et pour qu’ils sachent ce que vous faites. C’est le meilleur moyen de construire des relations solides, essentiel pour devenir international.
Candidatures en doctorat : avoir des références pour se distinguer des autres candidats. Avoir déjà travaillé avec un chercheur de l’équipe ou avec quelqu’un que le recruteur connaît est un atout.